Le Dico du Rock’n Roll au Cinéma – Jean Emmanuel Deluxe – Scali – 2008

LE DICO DU ROCK'n ROLL AU CINEMA« Quand le rock se frotte à la caméra » dit le texte promo de la quatrième de couverture…J’aime bien l’image…Il faut bien dire qu’avec ce sujet on est un peu en terres de perversions : qu’on soit fan de cinéma où rocker, le domaine est souvent regardé de haut, voire carrément méprisé, comme lieu de prédilection du mercantilisme le plus vil.

Pourtant ce rejet « bien pensant », ne peut qu’engendrer en réaction de troubles désirs, voire de brûlantes passions. Celui qui est atteint se met alors en quête du navet le plus improbable, mais contenant la séquence miraculeuse avec quelques images de l’idole ou quelques mesures de sa sublime musique.

Bien souvent la rumeur a précédé la découverte, de fan en fan on se repasse oralement un titre et des descriptions magnifiées. La déception est souvent au rendez vous le jour ou enfin on visionne une copie de (très) mauvaise qualité de l’œuvre mythique.

Mais il arrive aussi qu’on ait de formidables surprises, autant cinéphiliques que musicales. Ces rares moments valent bien des années de pénibles recherches.

Qu’on se rassure, ce livre n’est pas un véritable dictionnaire…C’est bien plus !

Il y règne surtout la subjectivité, tant au niveau de sa structure que de ses choix. Car il y a des choix, même si cela fourmille de détails « pointus » propres à étonner le collectionneur de « cameos » le plus exigeant, l’exhaustivité n’étant pas possible, en dépit de l’autolimitation à un domaine aussi circonscrit.

L’intérêt vient précisément de cette subjectivité et de ces choix, car par eux se dessine au fil des pages un portrait en creux de l’auteur. Dès lors, sur ces bases, se développe un autre plaisir, plus proche de celui éprouvé à la lecture d’une (auto)biographie ; il s’additionne à l’intérêt documentaire de l’ouvrage.

Je me suis plu à me laisser dériver de paragraphes en paragraphes, dans le désordre et presque aléatoirement, d’Alan Freed au « Chemin de la Mauvaise Route », de « Jennie : Wife / Child » à Gillian Hills, de « Daisies » aux « Tueuses en Collant Noir »… Me réservant le droit, plus tard, d’une lecture linéaire…Pour de nouvelles sensations.

C’est assurément un ouvrage de référence…un outil de travail… en même temps qu’un journal de voyage.

Jean-Pierre Tumel24/04/08

Music for Vagabonds – the TUXEDOMOON Chronicles

TUXEDOMOONLe livre d’Isabelle Corbisier pour TUXEDOMOON se révèle fort impressionnant par la somme de renseignements révélés…Le groupe le méritait, non seulement à cause de la qualité de ses productions mais aussi par son coté emblématique dans l’univers musical des années 80. La réunion d’artistes évoluant dans différentes sphères de la création pour produire une œuvre tendant vers l’Art Total.

Son coté foisonnant me plait beaucoup, toutes ces notes en marge étaient on ne peut plus nécessaires pour un groupe tel Tuxedomoon qui pratique avec élégance l’art de la dispersion (ou l’éclatement de l’art, pour mieux essaimer).

A lire absolument. (2008 – Lightning Source – 460 pages)

—Google translation—

Isabelle Corbisier‘s book for TUXEDOMOON is impressive by the amount of information disclosed … The group deserved it, not only because of the quality of its products but also by his emblematic side in the musical universe of 80’s years . The meeting of practitioners in various spheres of the establishment to produce a work leaning toward Total Art.

I like very much it’s abounding aspect , all these notes in the margins were absolutely necessary for a group such Tuxedomoon which elegantly practice the art of dispersion (or the breakup of the art, to better spread).

Must be read. (2008 – Lightning Source – 460 pages)

CHER VISITEUR – polar par Yves Frémion

CHER VISITEUR - Yves FrémionAprès le très érudit “Histoire de la révolution écologiste” publié voici un an chez Hoëbeke (un ouvrage de référence), Yves Frémion avec “Cher Visiteur“, revient cette fois au roman policier noir (on se souvient du remarquable ” Le Tueur” publié en 1998 chez Galimard / Série Noire) .

C’est chez un éditeur que je ne connaissais pas : L’@telier de Presse, et dans sa collection “l’@telier noir” dont l’esthétique lorgne du coté de la “série noire” du temps des débuts, lorsque les couvertures étaient en carton bien dur.

C’est plutôt de bonne augure…Mais je vous en dirai plus lorsque je l’aurai lu.

http://www.atelierdepresse.com/index.php

Bubblegum et Sunshine Pop par Jean-Emmanuel Deluxe

La confiserie magique (Les Cahiers du Rock – 10)

Préface de Bertrand burgalat

BUBBLEGUM MUSIC

Le livre de Jean-Emmanuel Deluxe se lit comme un récit d’exploration en « Terra Incognita », ou mieux au Pays de Cocagne, ou tout est abondance, les maisons en massepain et toits de tartes, les rivières de miel….Les tribus et les personnages rencontrés y sont pittoresques et terriblement exotiques.

Alors que j’avouais sans trop de problème tout l’intérêt que je portais à la pornographie, j’ai longtemps gardé secrets certains de mes penchants pour des musiques douceâtres, trop arrangées, pour des styles pops qui sont aux rock ce que le chapon est au coq.

Le Rock rebelle (musique de mauvais goût s’il en est pourtant) épris de liberté édifia bien vite de nouvelles prisons ou le mépris tenait lieu de barbelés pour y enfermer tous ceux suspectés de déviance kitsch…

Ayant une longue habitude de la mise à l’index je résistais sans trop de mal, franchissant toutes les étapes de la déchéance : rejeté parce que préférant le rock au musette, puis parce choisissant Vince Taylor plutôt qu’ Elvis (la copie par rapport à l’original), regardé avec inquiétude lorsque j’encensais Screaming Lord Sutch ou bien Hector, engendrant le mépris lorsque je recherchais les LP des Silver Apples.

Chez mon disquaire préféré, on me mettait de coté tout ce qui était considéré comme de mauvais goût et invendable…C’était bien pratique pour se constituer une discothèque intéressante…et accessoirement ça évitait toute contamination.

Assumer la Bubblegum Music était beaucoup plus difficile, car lui était apposée l’accusation suprême : musique BASSEMENT commerciale (parce que bien sur les Stones, Grateful Dead ou le Jefferson Airplane ça ne l’était pas).

Je faisais donc profil bas (nulle envie d’être lapidé en place publique, ou traduit devant un tribunal du peuple) mais continuais à amasser tout ce qui m’intéressait, et entre autres ces disques sirupeux, délicieusement débiles et si excitants.

Mais rassurez vous cette clandestinité n’était nullement pénible, je savais qu’un jour le temps m’accorderait une revanche.

En fait plutôt qu’au chewing gum, j’ai toujours plutôt associé cette musique à une friandise étrange des années 50/60 qu’on appelait « aspire frais » et qui je crois n’existe plus.

Imaginez un bonbon sous forme de poudre très acidulée (et au parfum on ne peut plus synthétique) enfermée dans une capsule de pain cacheté (de l’hostie). Pour consommer on plantait dedans une petite paille de plastique fluo et l’on aspirait…D’autres préférait mâcher directement la capsule…Certains jour je mettais la poudre dans un verre d’eau (j’étais déjà passionné de chimie).

On s’étonnera qu’après certains (dont je ne suis pas) soient passés directement aux rails de coke !

Vous ne saurez rien de plus sur ce livre. Achetez le et lisez le !

Et quand vous l’aurez terminé, soyez persuadé que des pans entiers du rock et de la pop restent encore cachés, ignorés du grand public, enterrés par ceux-là même qui auraient du vous en informer.

Faisons le vœu que d’autres francs-tireurs courageux à l’instar de Jean-Emmanuel Deluxe poursuivent ce travail d’exhumation et de réhabilitation.

Mars 2008

Christophe Bourseiller « Génération Chaos – Punk, New Wave – 1975-1981 » éditions Denoël X-trême

 GENERATION CHAOS

Un livre alliant intelligence, un style nerveux et une grande érudition. On le lit avec une réelle jubilation.
A l’inévitable question : est-il complet ? On ne peut répondre que « non », en ajoutant « bien sur ! ». Ce type d’ouvrage ne peut jamais être exhaustif, eut-il comporté le double de pages qu’on eut toujours pu encore le prendre en défaut.

Je voudrais plutôt revenir sur le débat du 11 février entre Christophe Bourseiller et Jean Rouzaud dans l’émission « Ce soir ou Jamais » l’émission de Frédéric TADDEÏ sur FR3, débat qui est comme une extension du livre.
Sur DailyMotion (télécharger les parties 1 et 2) :
http://www.dailymotion.com/video/x4fbwe … w_politics

Le sujet était : oui ou non le Punk et la New Wave sont ils fondés sur une critique radicale de Mai 68 ?
Débat on ne peut plus réducteur tout simplement parce qu’il présuppose que, de part et d’autre, Mai 68, mouvement Hippy, Punk et New Wave étaient des mouvements homogènes alors que c’est précisément l’hétérogène qui les caractérise.
Bien sur on enfonce les portes ouvertes en énonçant que tout nouveau mouvement se construit en grande partie sur la critique de ce qui a précédé.
Il faut au minimum préciser que l’humain est ainsi fait qu’il reproduit en général les travers qu’il dénonce…Mimétisme oblige.

Je remarque que mettre l’accent sur la dénonciation du mouvement hippy, qui est un fait historique avéré, se fait néanmoins en occultant cette autre dénonciation sur laquelle s’est aussi construit le mouvement Punk, celle de la musique Disco (non moins véhémente : les slogans « Death to Disco » ou « Disco sucks »). La mémoire ne doit pas être sélective.
Ce fait est d’autant plus important que la Musique Industrielle, partie de la mouvance, affirme elle au contraire son intérêt pour la chose.

Comment prendre au pied de la lettre les slogans d’un mouvement qui pratique systématiquement l’inversion du sens ? (Mise en évidence de tous les symboles négatifs par exemple, en lieu et place des symboles positifs habituels). On ne peut pas mettre en avant l’ambiguïté d’un discours et en même temps faire comme s’il ne l’était pas.
Dans les faits, complémentairement, comment ne pas remarquer (à moins d’être sourd) tous les emprunts musicaux des Sex Pistols à la musique psychédélique ?
La contradiction est partout, c’est la seule certitude.

L’ambiguïté était bien le maître mot du mouvement, ça ne facilitait pas l’analyse certes, et ce fut un piège dans lequel tombèrent bon nombre d’esprits lents ou trop habitués aux discours binaires : que ce soient ceux qui dénoncèrent le mouvement (les gauchistes par exemple, avant de le récupérer) ou qu’ils adhérassent au premier degré à sa symbolique (dérives droitières de la mouvance Industrielle).

L’origine de cette inversion systématique du sens comme stratégie de communication et de propagande réside dans la constatation (au moins inconsciente) que toutes les horreurs commises dans le passé (qu’elles soient religieuses ou politiques) on toujours été justifiées par une aspiration au bien de l’humanité, par une revendication en apparence altruiste. Charles Manson, que ça nous plaise ou non, faisait bien partie du Mouvement Hippy, de même que les grands meurtriers appartiennent à l’Humanité.

Un mouvement qui est donc bien marqué par un profond Nihilisme, dans lequel non seulement l’on ne crois plus en l’humain mais où le moi lui-même est mis en accusation, lorsqu’on se rend compte que l’abominable n’engendre pas en nous seulement rejet et horreur, mais aussi de sombres jouissances.
Lorsqu’il devient patent également que le sentiment amoureux, sensé être ce qu’il y a de plus pur en l’Homme, n’est lui aussi qu’un des masques du pouvoir.

Une ambiguïté mise en avant, parce qu’elle est non seulement universelle mais également (et peut-être surtout) intérieure. Un rejet universel et non particulier, s’inscrivant dans la continuation de ce qui l’a précédé.