La Société des Timides à la Parade des Oiseaux (La STPO)

Cette Etrange Musique, pour la première fois organisée dans la superbe Maison des Métallos à Paris (lieu emblématique d’une industrie en voie de disparition pour une Musique non moins Industrielle) fut pour moi, entre autres plaisirs, l’occasion de découvrir La Société des Timides à la Parade des Oiseaux (La STPO).

Je connaissais de nom, sans doute avais-je du écouter leurs premières productions, parmi une pile d’autres nouveautés, chez New Rose vers le milieu des années 80. L’art est difficile : juger en quelques secondes la valeur d’un enregistrement dans le bruit et la précipitation. Sans doute étais-je aussi très fatigué ce jour là, et l’esprit déjà saturé par trop de musiques.

Mais trêve d’excuses, le fait est que je n’ai pas su discerner à l’époque la grande valeur de ce groupe.

Alors le choc fut double à la Maison des Métallos : esthétique et stupéfiant.

Apanage des plus grands, La STPO excelle à la fois sur le plan de la musique et du chant.

C’est ce dernier aspect qui m’a d’emblée touché (au sens le plus extrême du terme, c’est à dire quasiment blessé). Le rapport avec Antonin Artaud s’impose immédiatement, on pense évidemment au « Théâtre de la Cruauté » et à ses recherches, mais aussi à son intérêt pour la glossolalie (pratique de langues imaginaires renvoyant aussi bien à la folie qu’à la mystique). Le langage déconstruit et bizarrement rassemblé, renvoie bien sur au Cut Up sans pourtant y ressembler (on sent qu’il n’y a rien d’aléatoire dans le processus): cela évoque plutôt la dyslexie et oblige à un constant travail de remise en forme / traduction pour parvenir à la compréhension. Un art exigeant et difficile tant pour celui qui le pratique que pour celui qui l’écoute.

Un art qui met le doute autant que l’épreuve au cœur de la communication.

Je ne puis résister à la tentation d’évoquer au passage Magdalith, sublime chanteuse, en marge et excentrique, des années 70, avant qu’elle ne verse semble-t-il dans une religiosité de nettement moins bon aloi.

Cet aspect vocal de l’art de La STPO (principalement interprété par Pascal Godjikian) est particulièrement mis en avant sur le CD « L’enciversel marsac » publié sur le label PRIKOSNOVENIE, (http://www.prikosnovenie.com/indexk.shtml).

Musicalement la richesse est tout aussi grande. Très structurée et élaborée, alternant entre composition et confusion, mais toujours de façon maîtrisée. Inclassable tant les références sont nombreuses : de la « New » à la « No » Wave, mais aussi du Jazz qu’il soit « Free » ou « Mainstream ». Parfois, un instant éphémère, c’est le souvenir du Pop Group qui s’impose ou de Pere Ubu et celui de son génial mentor David Thomas. Puis plus surprenant c’est Kurt Weill qu’on évoque. L’ombre de Mayo Thompson plane également sur cette œuvre, mais aussi celle beaucoup moins connu des Fibbonaccis et leurs références à Raymond Roussel . Références lettrées qui (heureusement) n’excluent ni la fantaisie ni le jeu, le recours à des effets de cartoons (peuplés d’oiseaux débiles et surréalistes, ou bien volatiles plus sombres comme ceux de Chaval [« les oiseaux sont des cons »] ).

A priori la présence la présence affirmée d’instruments à vents aurait du me rebuter (ceux qui me connaissent bien connaissent ma phobie obsessionnelle pour tout ce qui ressemble à une trompette ou un saxo…hormis si l’on tape dessus).

Mais La STPO tout comme Tuxedomoon fait partie des exceptions que je cultive.

Sans doute parce l’instrument sait finalement rester discret et ne s’affirme que lorsque c’est nécessaire. (Chez beaucoup, il devient vite totalitaire, et finit par tout engluer.

Il me faut aussi mentionner (détail qui me passionne toujours beaucoup) la mise en scène musicale de toutes les variétés de Temps : atomisé, haché, étiré, en boucle, ralenti…Inversé même par le recours à des bandes jouées à l’envers. Nous sommes là au cœur de la dimension cachée de toute œuvre musicale et de son intérêt primordial.

Dernier aspect de l’œuvre de La STPO, celui graphique : les pochettes sont superbes ! Hybridation, Surréalisme et Comics en 3d, à la fois drôle, macabre et cruel…Parfait contrepoint visuel à la musique…Idéalement grinçant.

C’est signé JimB qui est aussi musicien dans le groupe.

http://www.le-terrier.net/musique/stpo/

Beta Lactam Ring records (USA) : http://www.blrrecords.com/

Jean-Pierre TURMEL (23/05/08)

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